Objectifs de CO2 : vers des voitures électriques obligatoires en 2030 ?

Par Sylvain Hatier | 11 Septembre 2018

La commission de l'Environnement du parlement européen a approuvé un projet d'objectifs d'émissions de CO2 plus strict que prévu pour les automobiles. C'est un premier pas vers une réglementation qui pourrait de facto rendre les voitures électriques obligatoires en 2030.

Les députés européens en commission ont exprimé ce lundi 10 septembre leur soutien à un projet de réglementation prévoyant une réduction de 45% des émissions de CO2 des voitures et véhicules de moins de 3,5 tonnes d'ici 2030, fixant une feuille de route ambitieuse pour les Etats membres de l'UE. Le projet, approuvé par la commission de l'Environnement du parlement européen, fixe en outre un objectif intermédiaire d'une réduction de 20% d'ici 2025.

Le texte se montre plus exigeant que le projet initial de la Commission européenne qui prônait une réduction de 15% des émissions de dioxyde de carbone d'ici 2025 et de 30% d'ici 2030 par rapport aux taux de 2021. Le Parti populaire européen (PPE), principale formation du parlement, n'a toutefois pas soutenu ces nouveaux objectifs.

Vers la fin des moteurs thermiques ?

Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, présidente de la délégation socialiste française, s'estime satisfaite de cette décision : "Qu’on le veuille ou non, le changement climatique a déjà commencé, l’été que nous avons vécu est une nouvelle démonstration. Qu’on le veuille ou non, le modèle industriel automobile actuel, le moteur à combustion avec des carburants fossiles, se trouvera vite dépassé dans la compétition internationale, et les dégâts socio-économiques seront terribles si notre industrie ne prend pas très vite le virage nécessaire. C’est désormais à l’ensemble des eurodéputés de se positionner en conscience lors du vote en plénière".

Comme le souligne la députée, cette décision précipiterait le déclin des moteurs thermiques sur le marché européen. Les moyennes étant appliquées à l'ensemble des véhicules vendus par un constructeur, cela signifie que les moteurs essence et Diesel non électrifiés seraient limités à quelques applications, comme les modèles low-cost. Les voitures hybrides rechargeables, électriques et à hydrogène – si cette dernière technologie atteint une maturité suffisante – serait donc majoritaires.

Le but étant de les généraliser à terme. Julia Poliscanova, responsable des véhicules propre au sein de l'association Transport & Environment, confirme cette volonté : "La commission a judicieusement proposé que tous les véhicules soient zéro émission à l'horizon 2040, pour lancer un signal fort à l'industrie". Espérons d'ici-là que le parlement européen se penche également sur le bilan écologique de la voiture électrique, non négligeable comme nous l'avons montré à Challenges (lire notre article sur le bilan écologique de la voiture électrique). Car dans certains pays européens comme la Pologne, une voiture électrique se révèle plus polluante que son homologue essence ou Diesel, sur un cycle de vie complet. Cela vient tant de la production de la voiture que de la production de l'électricité.

Une bataille diplomatique à prévoir

Si le parlement européen approuve le mois prochain cette réglementation, des discussions acharnées sont prévisibles entre les vingt-huit Etats membres pour la traduire en texte contraignant. Les pays disposant d'une puissante industrie automobile redoutent que des règles trop strictes aient pour conséquence une baisse de croissance et des pertes d'emplois. Ces nouvelles mesures entrent dans le cadre plus général de la réduction d'ici 2030 des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% par rapport aux niveaux de 1990.

Elles prévoient des incitations financières pour les constructeurs automobiles afin qu'ils orientent leur production vers les véhicules électriques ainsi que des amendes en cas de non-respect des émissions de CO2. Dans le cadre de ce plan, les constructeurs pourraient bénéficier d'assouplissement de leurs objectifs s'ils produisent et vendent plus de véhicules à faibles taux d'émissions. Les députés européens se sont ainsi prononcés en faveur de nouveaux objectifs pour ce type de véhicules dont la part doit atteindre 20% des ventes en 2025 et 40% en 2030. Des amendes supplémentaires sont prévues en cas d'échec pour atteindre ces objectifs.